Ecrit par le 13,Fév,2015 dans Blog, Commentaires de textes | 0 commentaire

Commentaire de texte

 

Le mariage de Figaro, Acte I, scène 1, comédie de mœurs de Beaumarchais

 

Mariage de Figaro_Beaumarchais

Introduction :

Le genre théâtral va connaître de profonds changements au XVIIIème siècle notamment grâce à Beaumarchais qui remet en question les fondements classiques du théâtre. Le mariage de Figaro parut en 1778 en est à ce titre exemplaire.  Sa représentation sur la scène fut censurée dans un premier temps à cause de son sujet provocant et de son non respect des règles traditionnelles. Le valet Figaro souhaite épouser la camériste Suzanne, seulement leur maître respectif, le Comte Almaviva, veut abuser de ses privilèges et faire valoir un ancien droit de cuissage. Figaro va donc tout faire pour déjouer les intentions de son Maître.

L’acte I, scène I correspond à la scène d’exposition, elle consiste à présenter le cadre, l’époque, les personnages et l’action en utilisant le principe de la double énonciation. L’enjeu de la scène d’exposition est de donner au spectateur le minimum d’information pour qu’il puisse suivre et comprendre l’avancement de la pièce. Il s’agit d’un dialogue amoureux entre Suzanne et Figaro au matin de leurs noces.

Il sera intéressant de se demander en quoi cette scène s’inscrit dans le genre de la comédie traditionnelle et en quoi elle s’en éloigne ?  Pourquoi cette comédie est-elle empreinte de modernité ?

Nous verrons tout d’abord pourquoi il s’agit d’une scène d’exposition (I) ; puis, nous expliquerons en quoi il s’agit d’une scène de badinage amoureux (II) ; enfin, nous analyserons la critique sociale faite par Beaumarchais.

 

 I- Une scène d’exposition de comédie

 

1-La description du lieu :

 

On remarque d’emblée la multiplication des didascalies ; Beaumarchais réfléchit sur la mise en scène, il est d’ailleurs considéré comme l’un des premiers grands metteurs en scène :

  • La bienséance est mise de côté : la première réplique de Figaro «  dix-neuf pieds sur vingt-six » porte sur les mesures de la chambre du château offerte par le Comte comme dot à Suzanne. Ce cadeau est plein de sous-entendus quand on sait un peu plus loin qu’il veut faire valoir un ancien droit de cuissage.
  • Le symbolisme du décor : à mi-chemin entre la chambre de la Comtesse et celle du Comte symbolise l’aliénation par les lieux des serviteurs à leur Maître. Par ailleurs le dénuement de la chambre, dont la décoration est très simple renvoie au statut social modeste des valets.
  • En considérant le nom du Comte Almaviva on en déduit qu’on est en Espagne.

 

 

2-La présentation des personnages et de l’action

 

  • Le principe de la double énonciation permet aux deux personnages sur la scène de s’auto-présenter :

Ainsi Suzanne présente Figaro : «  tiens, Figaro » dès la deuxième réplique. De même Figaro présente Suzanne par son prénom à la 5ème réplique « Regarde, ma petite Suzanne (…). ».

  • Leur niveau de langue familier nous permet de connaître leur statut social, ils sont tous deux valets et travaillent au service d’un maître « Je regarde ma petite Suzanne si ce beau lit que Monseigneur nous donne (…). », 5ème réplique.
  • La relation entre eux est affectueuse et tendre Figaro caractérise Suzanne « ma charmante » et Suzanne l’appelle «  mon fils».
  • Un mariage est prévu le jour même entre Suzanne et Figaro, « Le matin des noces » 3ème réplique.
  • L’action qui sera l’enjeu de cette pièce est annoncée avec un effet d’attente. Suzanne se refuse à accepter la chambre nuptiale offerte par le Comte, « Et moi je n’en veux point ». Remarquons à cet effet la longue série de répliques courtes entre la 6ème et la 15ème réplique ponctuée de négations où Suzanne se refuse à expliquer à Figaro pourquoi elle ne veut pas accepter cette chambre : « je n’en veux point », « je n’en veux pas dire ». On apprend plus tard que le Comte veut faire valoir un ancien droit de cuissage sur la futur épouse de son valet Figaro. L’action va donc reposer sur la réaction de Figaro et les moyens qu’il va utiliser pour déjouer les intentions du Comte.

 

Cette scène d’exposition remplit sa fonction traditionnelle et crée une tension entre informer et accrocher le lecteur.

 

 

3-Une scène de comédie

 

  • Nous pouvons d’entrée de jeu associer cette pièce au genre de la comédie. Les personnages sont issus du tiers Etat, le niveau de langue est familier et courant, le texte est en prose, et le sujet de l’intrigue traite de l’amour et du libertinage. C’est une comédie de mœurs qui met en scène la relation maîtres et valets et critique les abus et les privilèges d’une classe sur une autre.
  • Cette comédie est teintée de modernité car les personnages principaux sont des valets et forment un couple d’amoureux alors que ce rôle est traditionnellement dévolu aux jeunes premiers de statut social plus élevé.

 

 

 II- Une scène de badinage amoureux

 

 1-Un amour sincère

A la différence du couple amoureux des Maîtres, Figaro et Suzanne sont liés par un amour sincère. Le mariage du valet Figaro est un mariage d’amour et non de raison, c’est donc un mariage original et supérieur compte-tenu des mœurs de l’époque. Ainsi Figaro utilise-t-il des termes connotés affectivement pour témoigner à Suzanne de la tendresse : « ma charmante », « une belle fille » réplique 3 ; « ma petite Suzanne », « l’œil amoureux d’un époux » réplique 5. Au matin de leurs noces ils sont « amant » : « À mon amant aujourd’hui ? (…). Et qu’en dirait demain mon mari ? ». Au 17èeme siècle, l’amant est celui qui aime et qui est aimé en retour.

 

 

 2-Un dialogue amoureux entre bienséance et grivoiserie

Ce dialogue amoureux est empreint de modernité car Molière utilise parfois un vocabulaire à la limite de la bienséance. On oscille ainsi entre

  • Amour courtois :

Figaro utilise un vocabulaire élevé et précieux pour s’adresser à sa Suzanne, « Ma charmante » ; « Oh ! que ce joli bouquet virginal élevé sur la tête d’une belle fille » ;  Figaro lui témoigne fidélité et soumission comme dans le chevalier à sa dame, « Es-tu mon serviteur ou non ? ». Figaro courtise sa dame en lui demandant « un baiser », « voilà votre baiser, monsieur ». Le vocabulaire utilisé est le langage des Maîtres.

  • Et grivoiseries :

Notons le comique de parole quand Suzanne reprend la réplique de Figaro en y insinuant un sens grivois et érotique : « il est à ma porte et crac en trois sauts… ». C’est ainsi que Suzanne explique à Figaro que le Comte Almaviva veut exercer son droit de cuissage sur elle : « certains quart d’heure seul à seule ».

Egalement, Figaro tarde à épouser Suzanne, au-delà de l’amour platonique, il voudrait également lui prouver son amour par la relation charnelle «  quand je pourrai te le prouver su soir jusqu’au matin ».

 

3-La gaité du théâtre comique

Le propre du théâtre comique français est la gaité, la vivacité. Le couple de valets est sans cesse en mouvement sur la scène. Notons la didascalie « Figaro court après elle » à la fin de la scène, la relation amoureuse entre Suzanne et Figaro s’anime sur le ton de la badinerie, il cherche à l’attraper pour l’embrasser de plus belle.

Les échanges amoureux décrits plus haut confèrent à cette pièce de la gaité d’autant plus qu’ils sont rapide et cadencés.

 

 III-La critique sociale

 

Le propre de la comédie est de corriger les mœurs par le rire, castigat ridendo mores. Dans cette perspective le Mariage de Figaro sert les l’idéal des Lumières en ce qu’il critique les injustices, les abus et l’asservissement des femmes en général.

 

1-L’asservissement de la femme

Quelle que soit sa classe sociale, la femme est présentée comme asservie. Suzanne doit se défendre des prétentions abusives du Comte qui veut exercer son droit de cuissage. Par ailleurs la Comtesse vieillissante se voit délaissée par son époux sans pouvoir ne rien dire. Il faut noter qu’au 17ème siècle les femmes étaient considérées comme des mineures et étaient sous la tutelle soit de leur famille soit de leur mari.

 

 2-L’inconstance du Comte

Cette comédie de mœurs réfléchit sur l’amour, peut-il être sincère et durable ? L’amour pur et sincère est-il dévolu à classe sociale en particulier ? Bien qu’éperdument amoureux de la Comtesse lorsqu’il la séduit dans « Le barbier de Séville », le Comte Almaviva s’en lasse et cherche une autre aventure : « épouses délaissées » ; « il y a mon ami que lasse de courtiser les beautés des environs, Monsieur le Comte Almaviva veut rentrer au château, mais non pas chez sa femme ; c’est sur la tienne entends-tu qu’il a jeté ses vues, auquel il espère que ce logement ne nuira pas ». A la constance et la sincérité amoureuse du couple de valets s’oppose l’inconstance amoureuse du couple du Comte.

Le Comte ne possède ni les qualités ni les vertus prétendues de l’honnête homme. Il abuse de son titre pour soumettre son valet et sa camériste à ses quatre volontés.

 

 3- La promotion sociale du valet

Comme la plupart des productions littéraires de cette époque, Le Mariage de Figaro veut éveiller les consciences à des problématiques sociales contemporaines. Il dénonce ainsi l’asservissement du tiers Etat aux caprices de la noblesse. Beaumarchais instaure aux personnages un système de valeurs inversé.

Figaro, de même que Suzanne sont amoureux, fidèles et sincères :

Figaro parle ainsi du chapeau de la mariée « ce jolie bouquet virginal » ; « l’œil amoureux d’un époux » ; tandis que le Comte est hypocrite et inconstant, « las de courtiser les beautés des environs ».

Par ailleurs, Figaro et Suzanne sont spirituels et intelligents, ce trait de caractère est nouveaux et provocant à l’époque. Beaumarchais porte sur la scène la figure d’un valet émancipé intellectuellement et moralement, il est supérieur à son maître. La relation hiérarchique qu’il les lie est donc remise en question.

 

 

Conclusion :

 

Le Mariage de Figaro est une comédie de mœurs qui place au centre la question de l’amour sincère, du mariage, de la constance et de l’inconstance de l’amour. Figaro et Suzanne sont amants, leur amour est partagé et ils s’unissent pour un mariage d’amour et non un mariage de raison.

Cette comédie est à la fois classique et moderne, Beaumarchais dépasse le seuil de la bienséance classique avec le portrait du Comte qui veut faire valoir un ancien droit de cuissage et certaines allusions érotiques qui parsèment le dialogue amoureux des deux valets.

La modernité de cette pièce repose par ailleurs  sur le portrait moral émancipé de Figaro et de Suzanne qui ont les qualités du couple des jeunes premiers, de statut social plus élevé. Figaro n’est pas un valet de comédie classique burlesque, il est intelligent et spirituel.

 

 

 

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