Ecrit par le 20,Fév,2015 dans Blog, Commentaires de textes | 0 commentaire

Commentaire de texte

les caractères, La Bruyère, Arrias

« Arrias », Les caractères de Jean de La bruyère

 

 

 

 

La Bruyère est le troisième grand moraliste du classicisme propre au XVIIème siècle, après Pascal et La Rochefoucauld. Il prend le parti des Anciens contre les Modernes et affiche sa volonté délibérée de perpétuer et d’enrichir l’héritage littéraire antique. Ainsi, il rédige Les Caractères en 1688 en s’inspirant des Caractères du philosophe Théophraste. Alors qu’il est au service du Duc de Condé il décide d’observer et de dépeindre le portrait des gens qui l’entourent en leur donnant un caractère universel. La Bruyère brosse des portraits brefs et vivants avec pour projet d’instruire et de plaire à la manière des classiques.

Le texte qui nous intéresse est extrait du chapitre V « De la société et de la conversation » et s’intitule Arrias qui signifie si l’on réfléchit sur le choix du nom « celui qui se donne des grands airs ». Arrias est un fat, un affabulateur, une imposture de l’honnête homme que l’on rencontre à la cour.

Il sera intéressant de montrer comment La Bruyère nous dresse à la fois un portrait singulier et universel de son personnage.

Pour ce faire nous caractériserons tout d’abord le genre du caractère (I) ; puis nous montrerons comment La Bruyère met en place le portrait-charge d’Arrias (II).

 

 

I-Le genre du caractère

 

 1- Entre tradition et modernité 

Théophraste les  Caractères ; La Bruyère partisan des Anciens.

Les philosophes grecs ont fait souvent des classifications et des descriptions de caractères ; Ils ont rassemblé, sous le nom d’un vice ou d’une vertu, tous les traits moraux que l’on trouve chez la plupart des hommes. La Bruyère reprend l’œuvre de Théophraste en y lui donnant une tonalité spirituelle et vivante et en s’inspirant de la société du XVIIème siècle.

Le genre du caractère relève du genre épidictique du blâme, il fait un portrait moral satirique.

 

 2- Un personnage de fiction

Arrias n’est pas un personnage réel mais inventé. Le personnage-type universel représentatif d’un type humain courant au XVIIème siècle.

Le nom « Arrias » est un surnom, il revêt un caractère universel : il renvoie à un trait de caractère « celui qui se donne des grands airs » = l’imposteur mondain, l’affabulateur, le fat.

= Le présent de vérité général.

 

3- Un récit vivant et singulier

Il y a une tension entre le portrait moral universel et singulier. Le portrait est donc volontairement vivant à plusieurs niveaux :

  • Le mélange du récit avec l’utilisation du présent de narration.
  • L’intrusion du dialogue. Notons les deux phrases au discours direct.
  • La pointe finale qui fait effet de chute et achève de tourner en ridicule Arrias.

 

 

II-Un portrait satirique

 

Le registre satirique opère au service de l’argumentation épidictique du blâme.

 

1- La figure de l’omniscience

Arrias est le stéréotype de l’individu fat et prétentieux qui prétend tout savoir.

  • La triple anaphore « tout …tout…tout »
  • Les accumulations et les hyperboles.

Il est prétentieux : « il reprend avec plus de confiance », « Arrias ne se trouble point ».

 

2- Arrias est un mythomane culturel

Il « aime mieux mentir que de se taire ».

Il est démasqué à la fin du texte par un de ses interlocuteurs : relever la phrase au discours direct où ce dernier prétend être Sethon. Arrias veut étaler ses relations, c’est un snob. Il se vante d’un pouvoir qu’il ne possède pas, il se prend pour quelqu’un qu’il n’est pas.

 

3- Il n’a pas les manières de l’honnête homme

Arrias est un mauvais convive. Il rit de ses propres plaisanteries, ce qui ne présente aucun intérêt pour les autres.  Il n’est ni honnête, ni modeste, ni éduqué : « il en rit le premier jusqu’à éclater ». Il est colérique et « prend feu au contraire contre l’interrupteur » quand on le contredit.

 

 

Conclusion :

Le portrait est général, intemporel. Il suppose une morale et cherche à instruire et plaire.
Ici Arrias est une antithèse de l’honnête homme car il ne maîtrise pas l’art de la conversation.  Ce personnage-type bien est encore d’actualité aujourd’hui, ce qui confère aux Caractères de La Bruyère leur empreinte universelle.

 

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