Ecrit par le 26,Oct,2015 dans Blog, Fiches sur les oeuvres | 0 commentaire

Rédacteur de l’article : Fatiha MAKTOUBI, étudiante en Littérature française

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Nom de l’auteur : Marguerite Duras

Titre du livre : L’amant

Lieu et année d’édition : France, 1984
Éditeur : Les Éditions de Minuit
                           
                   

 

  

A- LES GRANDES LIGNES

 

 

1- Quel est le genre du livre ?

L’amant est une autofiction, Duras évoque sa jeunesse en Indochine et sa liaison avec un richissime Chinois de 36 ans, alors qu’elle a 15 ans. Le livre s’affilie au nouveau roman, en rupture avec le roman traditionnel. La psychanalyse de Freud et la relativité d’Einstein remettent en question nos certitudes sur l’individu et la notion d’espace-temps. La psychanalyse est une nouvelle science qui consiste en l’étude du psychisme humain ; La psychanalyse consiste en l’explication de certains actes ou pensées en termes psychiques à partir de l’affirmation de l’existence d’un déterminisme : une idée qui se présente à l’esprit ou un acte ne sont pas arbitraires, ils ont un antécédent, un sens, une cause que l’exploration de l’inconscient permet de mettre au jour. Aussi, à l’aune de cette nouvelle découverte, on ne peut plus expliquer l’individu comme avant ; de même, depuis les recherches d’Einstein nous n’avons plus de certitude sur les notions de temps et d’espace, on ne peut donc plus mesurer de façon certaine le temps et l’espace. Fort de ces nouvelles données, le nouveau roman n’est pas chronologique, il rejette toute description de lieu ou de personnage et ne prétend pas expliquer avec certitude l’individu. L’individu est trop complexe, il nous échappe. La syntaxe est déconstruite, elle imite du langage de l’inconscient, le mouvement de la pensée, irrationnel et discontinu. Les événements sont racontés sous plusieurs angles et imitent le flot de la pensée du subconscient. Le lecteur doit être actif et reconstituer l’histoire.

 

 

  1. Quel est le thème principal du livre/ ou bien : quels sont les thèmes principaux du livre ? 

 Le thème principal est l’amour impossible entre un riche Chinois de 36 ans et Suzanne, une blanche issue d’un milieu modeste, âgée de 15 ans. Le contexte colonial de l’Indochine française, les oppose par leur différence d’âge, leur appartenance sociale et leur origine ethnique. Leur relation bouscule les convenances sociales. Leur mariage est inenvisageable, ce serait une mésalliance. Le père du Chinois ne veut pas qu’il l’épouse pour des raisons de convenance social. Ce serait ternir l’honneur de la famille et se marginaliser. Le Chinois épousera une jeune Chinoise de son rang, ce sera un mariage arrangé.

 

Le thème de la libération est central dans ce livre, il fait écho à la thématique de la colonisation. Suzanne, figure de l’adolescence, incarne la transgression maternelle, elle veut se libérer d’un milieu familial chaotique, oppressant et dans l’échec. Elle s’habille et se comporte différemment des autres filles. L’écriture libère par ailleurs la romancière d’une passion interdite refoulée dans son inconscient, dans sa mémoire ; elle a une fonction thérapeutique. Cette relation interdite se tapis dans la mémoire de l’auteur comme une souffrance étouffée qu’elle veut faire rejaillir à la surface afin d’apaiser sa douleur. À la ma manière d’une cure psychanalytique, d’une analyse la parole est tel quel, floue, ambigu et déconstruite ; elle a une fonction. Le souvenir, la mémoire sont imprégnés d’émotions vives et à fleur de peau.

 

 

  1. Quel est le ton du livre ? 

Le ton du livre est à la fois émotionnel et authentique. Le souvenir est intime et intense et les émotions qui rejaillissent à la surface ne laissent pas le lecteur indifférent. Le récit imite le flot de la pensée et fonctionne par fragments de souvenirs juxtaposés, il traduit entre autres la situation instable de Suzanne : une mère démunie, un frère autoritaire et un amour impossible. Duras ne se souvient pas des détails, le souvenir est lacunaire et défaillant, il ne lui reste plus que la vérité des sensations éprouvées, il est cependant difficile à convoquer aussi est-il toujours fragmentaire « Pour les souvenirs aussi c’est trop tard. Maintenant je ne les aime plus. Je ne sais plus si je les ai aimés. Je les ai quittés. Je n’ai plus dans ma tête le parfum de sa peau ni dans mes yeux la couleur de ses yeux. Je ne me souviens plus de la voix, sauf parfois de celle de la douceur avec la fatigue du soir. Le rire, je ne l’entends plus, ni le rire, ni les cris. C’est fini, je ne me souviens plus… »

 

 

  1. Décrivez brièvement (soyez concis !) les protagonistes, surtout dans la perspective de leur fonction pour le roman.

La jeune fille Suzanne, 15 ans, issue d’une famille chaotique et oppressante, cherche à se libérer par la transgression et l’interdit. Elle se jette à corps perdu dans une passion amoureuse proscrite. Elle se comporte différemment des autres filles. Elle n’a peur de rien et agit avec conviction. Elle est le je auteur, le je narrateur et le je personnage, héroïne du roman.

Le chinois se définit par son rôle, l’amant de Suzanne. Nous ignorons qui il est. Duras privilégie la mémoire des situations et des sensations au détriment des détails jugés accessoires. Il représente une situation, le double interdit que Suzanne a choisi, celle d’avoir un amant, qui plus est asiatique. Il représente en psychanalyse le signifiant problématique, le personnage qui cristallise l’interdit auquel Duras va aspirer en réponse à son contexte familial oppressant et chaotique.

La mère est ambivalente. Confrontée à beaucoup de problèmes, elle ne veut pas que sa fille se lance dans l´écriture avant de décrocher son diplôme. Elle est protectrice mais aussi, paradoxalement, opportuniste, elle n’hésite pas sous forme de non-dit à encourager sa fille à rester en bonne relation avec le Chinois pour l’argent que cela lui rapporte. Elle est un personnage secondaire du roman qui explique la quête d’interdit et de révolte du personnage.

Le frère aîné, Pierre, est un homme brutal qui ne vit que pour jouer, boire et fumer de l’opium. Cynique et opportuniste, il va appuyer la relation entre sa sœur et son amant pour en tirer le maximum d’argent et rembourser ses dettes. C’est un personnage secondaire dans le roman, ils représentent des contre-modèles pour l’héroïne.

Paul, le plus jeune, personnage secondaire également, est au contraire calme et sérieux, Marguerite le voit comme un confident. Il décède tôt et la laisse dans le désarroi. Le Chinois peut être interprété comme un substitut à la disparition de son frère.

 

 

  1. A quelle époque et dans quel milieu se déroule l’action ? Donnez une description précise de l’un et de l’autre !

Duras grandit en Indochine dans les années 20. À la mort de son père, sa mère doit subvenir aux besoins de ses enfants, l’argent manque. De plus, le comportement agressif du grand frère envers son petit frère lui devient insupportable. Afin de lui assurer un avenir prometteur, la mère place la jeune fille dans un internat pour fille à Saigon. Elle rencontre le Chinois.

 

L’Indochine est une colonie française, dans les années 20 avec « des Français qui vivent de chasse, de réceptions, de jeux et d’alcool au cœur de Saigon ». p54. Les blancs résident dans des maisons bâties sur des plateaux, « isolées des serpents, des fourmis rouges et des inondations. L’après-midi, on y joue du piano en dégustant le thé apporté par les boys. »

 

 

  1. Quelle est la composition (éventuellement aussi : la chronologie) du texte ?

L’intrigue n’est pas chronologique, Duras imite le fonctionnement de la conscience et du subconscient. Elle se focalise sur un seul évènement et une seule obsession. La relation proscrite et inconvenante qu’elle entretient avec le Chinois est tantôt perçue par le prisme déformant de Suzanne, tantôt par celui de sa mère ou de ses frères. Cet événement est raconté avec plusieurs points de vue.

 

 

  1. Quelle est la philosophie ou la vision du monde que le texte met en valeur ?

Le texte dévalorise le monde bourgeois, conventionnel, asphyxiant, moral, fait de solitude et d’ennui. « Un milieu qui me portait à pudeur » ; « Écrire pour eux était encore moral ». Duras s’oppose au conformisme bourgeois, elle préfère celui  de la passion virulente, un monde incontrôlé d’émotions violentes, mais qui s’avèrent essentiel dans la vie. Pour Marguerite Duras la vie commence quand on se libère du poids des codes et du conventionnalisme bourgeois et que l’on choisit une vie plus authentique, plus vraie, plus personnelle en accord avec nous-même et au-delà des apparences.

 

 

B- LES DÉTAILS

 

  1. Établissez un lien entre le livre et le courant ou mouvement littéraire auquel il appartient….

Un des aspects du nouveau roman est de transgresser les codes et de déconstruire la syntaxe de la langue en imitant le flot de la pensée. Le choix du nouveau roman traduit la complexité du subconscient et de la mémoire de la romancière qui se souvient et fait rejaillir des émotions et des situations intenses, taboues et refoulées. Le nouveau roman est habile à montrer l’instabilité émotionnelle de Duras, son besoin de transgression pour survivre et ses obsessions. La transgression de l’interdit passe donc également par le choix d’une écriture non conformiste, non bourgeoise. Au double interdit d’avoir une relation hors mariage avec qui plus est un Chinois, elle ajoute celui d’une écriture anti-conventionnelle.

 

 

  1. Donnez un résumé à vol d’oiseau (donc très bref !!) du récit et dites s’il est question d’une tension dramatique.

L’histoire se déroule en Indochine dans les années 20. Il s’agit passion amoureuse hors norme entre une adolescente française de 15 ans et un riche Chinois de 36 ans. Suzanne traverse fréquemment le delta du Mékong pour se rendre à son école à Saigon. Après les vacances d’été, elle retourne dans son internat. Dans le bateau, elle rencontre d’un riche Chinois de 36 ans. Il deviendra son amant jusqu’à ce que le père du Chinois l’apprenne et proscrive cette relation avec une blanche. A la fin, elle se rend compte qu’elle est véritablement amoureuse du Chinois.

 

 

  1. Commentez le style du récit. Sobre ou éloquent, vague ou détaillé, peu ou beaucoup de figures de style, complexité ou simplicité de la grammaire, niveau du vocabulaire…

L’amant est avant tout un roman de la transgression ; la jeune héroïne veut s’émanciper d’un carcan familial. L’écriture du nouveau roman cristallise cette transgression, le refus des codes et d’un style artificiel et convenu, le choix d’une écriture authentique suivant le mouvement de la pensée, ses souvenirs imprécis et fragmentaires, ses digressions et ses obsessions. Le je narrateur se distancie du je personnage. Lors de la première relation intime, le recours au « elle » s’explique par l’interdit qui y est transgressé, interdit que le « je » ne peut assumer. L’écriture opère en outre comme une catharsis, le souvenir déclenche chez la romancière une purgation de l’âme car elle verbalise une passion de son enfance interdite, proscrite et refoulée. L’écriture libère et apaise. Elle agit comme un exorcisme. La parole est semblable à celle de l’analyse, de la cure psychanalytique. Elle a donc une fonction thérapeutique.

 

 

 

      C- VOTRE OPINION

 

  1. Le titre du livre, cadre-t-il avec le récit ? Argumentez pourquoi ou pourquoi pas.

 Le titre cadre parfaitement avec le récit. Il met l’accent sur une situation plutôt que sur le nom de la personne en question. En effet, Marguerite Duras dit peu de choses sur le Chinois, le plus important c’est qu’il est Chinois et que Suzanne est blanche. Le titre annonce d’emblée le thème de la transgression et de l’interdit qui est central dans le roman et qui va de pair avec l’émancipation de l’héroïne. Certes le thème de la relation impossible avec le Chinois est central dans l’histoire, mais en réalité il ne s’agit que d’un moment lié à d’autres évènements. D’autres éléments comme l’agressivité du grand frère, la relation avec sa mère, la relation avec son petit frère, ont aussi joué un rôle capital dans sa vie.

 

  1. Quel passage vous a le plus touché ? Traitez ce passage de manière plus approfondie. Qu’est-ce qui se passe au juste ? Qu’est-ce qui rend ce fragment particulier ? Quelles émotions (ou autres appréciations) sont en jeu ici ?

À la fin de L’amant, le personnage « elle » vit une expérience capitale. Subitement elle change son style d’écriture qui devient plus « intime et secret »p 138. Duras se rend compte qu’elle est véritablement amoureuse du Chinois, « elle avait pleuré.. » , « elle était  triste. », « l’avoir aimé d’un amour qu’elle n’avait pas vu ». p138 ; ‘’Et’’ est employé 10 fois. Comme une explosion de sentiments. L’éclatement d’une valse de Chopin ressemble à l’éclatement de la protagoniste dans la vie et ses joies puisqu’elle a  tiré profit de sa relation avec le Chinois.

 

 

  1. Quel qualificatif accorderiez-vous à ce livre :

L’amant est un livre qui est digne d’être lu, par son style d’écriture, sa complexité, son contenu. Duras partage les émotions qu’elle ressent en écrivant l’amant et en se remémorant les passages de sa vie. L’émotion est transmise par les détails, les répétitions, les mots qui, parfois placés à un endroit précis dans la phrase fait le charme de cette autobiographie.

D’un point de vue pédagogique il serait intéressant de traiter ce genre de livre pour plusieurs raisons. L’élève pourra se mettre dans la peau du protagoniste et pouvoir imaginer sa situation vécue. Ce livre est aussi un moyen pour l’élève d’avoir un point de vue concernant l’amour impossible, la colonisation, les rapports parents / enfants… De plus certains écrivains Français comme Duras doivent aussi se faire connaître à l’étranger et être donc traités au lycée aux Pays-Bas. En effet le style d’écriture Durassien et l’histoire, vont permettre de lancer des débats entre les élèves et de stimuler leur esprit critique. En outre, l’élève découvrira des valeurs morales et sociales en lisant ce livre.

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