Ecrit par le 30,Déc,2014 dans Blog, Fiches sur les oeuvres | 0 commentaire

 

voyage au bout de la nuit

 

 

Lecture en comparaison avec le conte philosophique de Voltaire, Candide ou L’Optimisme, 1759

 

 

 

 

Voyage au bout de la nuit, ressemble sous certains aspects au conte philosophique de Voltaire, Candide ou l’Optimisme ; on retrouve notamment le thème du voyage initiatique, la candeur, la naïveté du personnage principal qui va se former et se déniaiser au fil de ses expériences pour devenir enfin un être averti et éclairé. Le thème de l’enseignement initiatique remonte aux romans de chevalerie où le profane, celui qui ne sait pas, va devenir, après une série d’épreuves, un initié confirmé. Ainsi, le page devient écuyer, puis chevalier après avoir subi avec succès plusieurs épreuves à caractère initiatiques.

Le message final de l’œuvre de Céline cependant est tout autre que celui de Voltaire. En effet,  au terme de son périple Ferdinand BARDAMU n’est ni philosophe ni optimiste, il est désabusé, pessimiste, noir, sans l’ombre d’un espoir. Au bout du voyage il n’y a pas de lumière, c’est la nuit, le désenchantement, la peur, l’enfer, la souffrance et la mort. La destinée humaine n’est mue par aucun sens, l’homme est voué au rien, à l’absurde. Céline s’interroge sur la place de l’homme dans la société et le sens profond de la vie. Où va l’humanité ? La collectivité doit-elle avoir un idéal commun ? Cet idéal n’est certainement pas le patriotisme, encore moins le capitalisme de Ford en Amérique ou l’exploitation des colonies en Afrique. Céline est anticonformiste et anarchiste, il n’adhère pas aux courants de pensées de son époque  et rejette toute forme de hiérarchie.

Le héros célinien est par conséquent un antihéros des temps modernes, volontairement lâche, qui déserte, qui fuit la guerre et rejette en bloc le patriotisme, le colonialisme, le capitalisme sans jamais trouver une issue à son désespoir existentiel.

De quoi s’agit-il en bref ? Toute une génération de jeunes gens au début du 20ème siècle dans les années 10, rêve de rébellion, d’héroïsme, d’idéal. C’est le cas de Ferdinand BARDAMU, qui en assistant à un défilé militaire alors qu’il bavarde avec un ami sur la place Clichy à une terrasse de café, décide sur un coup de tête de s’enrôler sur le front, c’est la première guerre mondiale. Ferdinand BARDAMU se retrouve dans les tranchées et combat contre les Allemands. « On est piégé comme des rats » se dit-il dès le début du conflit. Il découvre les monstruosités de la guerre, l’horreur et se sent instrumentalisé et utilisé par la politique française. Il décrit la guerre comme une boucherie infernale où les individus sont déshumanisés et s’entre-tuent sans raisons valables, si ce n’est pour obéir à leur colonel.

Après quoi, suite à une blessure, il est réformé et s’en retourne à Paris pour être soigné. Il part en Afrique dans les colonies. Il dénonce alors le colonialisme et l’exploitation humaine. Il va ensuite en Amérique en espérant se réaliser dans le rêve américain. Mais c’est l’Amérique de Ford et de la taylorisation qui a pris le dessus. L’époque où l’on pouvait devenir millionnaire en travaillant dur est révolue. Les individus sont instrumentalisés comme les écrous d’une grandes machines. Ils répètent inlassablement le même geste tout au long de la journée comme le décrit si bien Charlie CHAPLIN dans son film intitulé « Les temps modernes ».

Le périple de Ferdinand BARDAMU se termine en France en Banlieue parisienne à Rancy. Devenu médecin il décide de s’engager en soignant pour un prix modique les malades. Il découvre une pauvreté et une précarité similaire à ses expériences précédentes.

Tout au long de ses expériences, Il assiste au pourrissement de l’humanité, corps bombardés, corps malades, vieillissants etc. Ce sentiment d’horreur et de dégoût s’exprime dans son style d’écriture « le style émotif parlé ».

 

Caractéristiques du style émotif parlé : c’est un style oral qui se veut réaliste. Céline mélange le registre familier, argotique et soutenu pour lui donner du relief et le rendre expressif.

Le génie de Céline et c’est ce qui l’a révélé au grand public c’est d’avoir ôté le masque du langage, de l’avoir mis à nu en utilisant un parlé percutant, truculent, pris sur le vif de l’émotion jaillissante. Le langage châtié, lisse, rond et classique ne peut pas exprimer l’horreur et le choc de celui qui souffre face aux atrocités de la guerre et de la condition humaine en général. Tel un  écorché vif, Céline défait, écorche, tord le cou au bien parlé et à la syntaxe. Il utilise stylistiquement l’argot et l’impose dans la littérature, seul capable d’exprimer avec authenticité et réalisme la vérité des émotions de BARDAMU.

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